Inteprétation

Les variations sont écrites à deux, trois ou quatre voix. Le style est souvent contrapuntique, sauf quelques toccatas plus libres. Pour chaque variation, il est indiqué si elle doit être jouée à 1 ou 2 claviers. Cela dit, sur un clavecin, les timbres ne sont pas très différents d'un clavier à l'autre, et les indications sont souvent relatives à des particularités techniques, les fameux croisements de mains par exemple. En effet, sur beaucoup de variations à deux voix, il n'y a pas vraiment une voix aigüe et une voix grave : les voix se croisent, et couvrent une large tessiture (d'autant plus que les clavecins de l'époque descendent habituellement au Fa-1, ce qui n'est pas le cas de l'orgue utilisé).

Sur un orgue, on a le choix, entre un, deux et troix claviers (avec le pédalier). La tentation est forte de multiplier les plans sonores, pour séparer les voix du contrepoint. Guillou le fait presque systématiquement sur les duos et les trios.

C'est une façon de voir.

Néanmoins, personnellement, je trouve que séparer trop distinctement les voix est parfois néfaste : on risque d'entendre trois voix indépendantes, et non plus un tout qui naît de la fusion de l'ensemble, un peu comme une mayonnaise qui ne prendrait pas.

Dans cette interprétation, les variations à quatre voix sont jouées sur un clavier, avec souvent quelques accents de pédale pour souligner la basse.
Les variations à deux voix sont jouées à un ou deux claviers, suivant que les deux voix sont fortement imbriquées (première variation, par exemple) ou non. D'autre part, dans le cas d'un duo, on a souvent pris des timbres assez proches sur les deux claviers, de façon à ce qu'une voix n'écrase pas l'autre, et pour respecter la symétrie : la plupart du temps, dans la deuxième partie, le rôle des voix est inversé (ce qui était à la main gauche passe à la main droite, et inversement). On parvient ainsi à identifier clairement les deux voix, sans pour autant qu'elles soient trop distinctes.
Enfin, pour les trios, c'est variable. D'une part, il est souvent techniquement difficile de prendre la basse à la pédale, surtout avec le petit pédalier (27 marches) de l'instrument utilisé. D'autre part, ce n'est à mon avis pas toujours justifié, le résulat n'apportant parfois aucune clarté au contrepoint, surtout si la basse est rapide et prise avec une pédale de 16 (auquel cas on entend assez peu distinctement la basse, c'est parfois le cas sur l'enregistrement de Guillou, et c'est dommage) . Pour les canons, on a en général pris les deux voix du canon à un clavier, et l'accompagnement de basse à l'autre clavier. Pour les mouvements s'apparentant à un récitatif (variations 13 et 25), où l'une des voix assure clairement le chant, on a séparé les trois voix. Dans le cas où les troix voix sont très imbriquées, on joue sur un seul clavier.

Les Variations Goldberg constituent une oeuvre pleine de poésie, de douceur, de méditation parfois, de jubilation souvent. Il serait tentant, à l'orgue, de recourir à la puissance de l'instrument. On peut en jouer, bien sûr, mais il faudrait se garder d'en abuser. On a donc essayé, ici, de conserver à l'oeuvre toute sa douceur et sa poésie.

Musique, Maestro !